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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Séminaire d’anthropologie américaniste (SAA)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 10 h à 12 h (salle AS1_09, EPHE, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 23 novembre 2018 au 14 juin 2019. Cf. calendrier des séances ci-dessous

Ce séminaire est organisé par des anthropologues américanistes de trois laboratoires : Anath Ariel de Vidas du Centre de recherches sur les mondes Américains (CERMA) du laboratoire Mondes américains (EHESS-CNRS), Isabelle Daillant du Centre d’enseignement et recherche en ethnologie amérindienne (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC-Université Paris Nanterre-CNRS) et Andrea-Luz Gutierrez Choquevilca du Laboratoire d’anthropologie sociale (EHESS-CNRS-Collège de France).

Il propose une réflexion sur les débats contemporains de l'anthropologie américaniste portant sur des sociétés amérindiennes, en croisant les perspectives de l'ethnographie, de l'histoire, de la politique, de l'économie, de la linguistique ou de l'ethnomusicologie. Alternant des aires géographiques et des contextes culturels diversifiés, il ouvre un espace de discussion entre enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants autour de recherches en cours. Sont ainsi exposées dans ce séminaire des thématiques variées touchant au rituel, à l’organisation sociale, aux changements sociaux et religieux, aux politiques publiques, aux processus de transformation des sociétés et de construction des savoirs.

Le programme est téléchargeable : ici

Vendredi 23 novembre 2018 : Paolo Fortis (Université de Durham), « Quelques réflexions sur l’histoire “chromatique” des Guna (San Blas, Panama) » (l’intervention sera faite en espagnol)

Le temps et l’esthétique seront abordés ici à travers l’analyse ethnographique d’un système visuel indigène. À partir des changements observables sur le long terme dans les vêtements féminins et dans le plan des villages guna de l’archipel San Blas (Panama), il s’agira de montrer que les images et les objets sont des clés d’accès aux régimes locaux d’historicité. Les processus de transformation qui se manifestent dans les domaines visuel et matériel révèlent la construction de temporalités diverses – biographique, intergénérationnelle, collective –, tout en intervenant eux-mêmes dans cette élaboration. De plus, ils offrent aussi un prisme pour saisir en quoi les relations sociales actuelles (tant intra- qu’inter-villageoises) sont le produit de transformations historiques de longue durée. L’analyse fait appel à la notion assez sous-exploitée de « chromatisme » que proposait Lévi-Strauss, et à celle de « socialité chromatique » qu’en a tiré Stolze Lima. De fait, le chromatisme apparaît comme une catégorie indigène permettant de rendre compte de l’écoulement du temps et des circonstances inconstantes de l’histoire.

  • Discutante : Valentina Vapnarsky (CNRS / EREA-LESC)

Vendredi 14 décembre 2018 : Emmanuel Désveaux (EHESS, LIAS), « Aux quatre piliers de la pensée amérindienne (Autour de la parution de La Parole et la Substance. Anthropologie comparée de l'Amérique et de l'Europe, Paris, Les Indes savantes, 2017) »

Les Mythologiques de Claude Lévi-Strauss prennent pour fil conducteur le thème du dénicheur d’oiseaux. À plusieurs reprises, leur auteur évoque également les amours du couple frère-sœur que composent Soleil et Lune, thème dont il reconnaît bien l’omniprésence en le qualifiant de vulgate américaine. En revanche, dans la tétralogie lévi-straussienne, deux autres importants thèmes mythiques panaméricains demeurent partiellement dans l’ombre, à savoir celui de la Tête-qui-roule et celui du défilé des animaux. Or il semblerait que tout récit mythique américain contienne au moins un de ces quatre mythèmes, et ce, soit de façon explicite, soit en vertu d’une transformation simple. Nous nous interrogerons alors : un tel quadrant ne possèderait-il pas une valeur sémantique transcontinentale dès lors que nous le retrouvons au niveau du rite, des organisations sociales et de la nomenclature de parenté, voire de la langue ?

  • Discutant : Alexandre Surrallés (CNRS / EHESS-LAS),

Vendredi 18 janvier 2019 : David Dupuis (post-doc Université de Durham, LAS), « Des hallucinogènes comme outils de transmission culturelle. Enquête sur les modes de socialisation des hallucinations dans les Amériques »

Les Amériques sont souvent décrites comme le continent des hallucinogènes. Leur importance y est  de fait documentée de longue date dans des pratiques religieuses, thérapeutiques, prophétiques, divinatoires et initiatiques. Là où les hallucinations sont valorisées, elles semblent de plus occuper une place centrale dans la dynamique de transmission culturelle. Lévi-Strauss proposait ainsi de voir dans les hallucinogènes « des déclencheurs et des amplificateurs d’un discours latent que chaque culture tient en réserve et dont les drogues permettent ou facilitent l’élaboration ». La nature et les enjeux de l’influence mutuelle entre hallucination et culture sont pourtant encore peu explorés. À quelles fins les collectifs des Amériques mobilisent-ils les hallucinations ? Dans quelle mesure et en quel sens l’environnement matériel, relationnel et discursif contribue-t-il à façonner le contenu même de l’expérience hallucinatoire ? En partant du cas d’un centre chamanique d’Amazonie péruvienne, on explorera dans une perspective comparatiste la manière dont les collectifs « socialisent » les hallucinations, c’est-à-dire informent leur contenu, leur fonction et la relation qui est entretenue avec elles. On verra ainsi en quel sens elles sont susceptibles de constituer de puissants vecteurs de socialisation et de transmission culturelle.

  • Discutante : Anne-Marie Losonczy (EPHE / CERMA-Mondes Américains)

Vendredi 15 février 2019 : Jose Antonio Kelly (Université fédérale de Santa Catarina, Florianopolis, Brésil), « Pour une théorie de l’action dans les Basses Terres d’Amérique du Sud : l’efficacité contournée » L’intervention sera faite en espagnol.

Dans la perspective d’ébaucher une théorie de l’action et de l’influence effective sur autrui dans les Basses Terres, on analysera ici une série de caractéristiques récurrentes dans la littérature ethnographique de la région. On y examinera en particulier l’esthétique de l’influence politique en se concentrant sur les moyens de persuasion mis en œuvre. Des cas ethnographiques divers permettront de mettre en exergue l’usage récurrent de la parole, de gestes et d’actions indirectes ou contournées dans ce qui se constitue en diplomatie. Ces usages semblent en effet jouer un rôle clé dans la transformation d’ennemis potentiels en alliés, et par là dans le champ politique en général. L’intuition qui sous-tend cette recherche est qu’il existerait un lien entre les modes d’action, l’usage de plantes ou d’autres procédés magiques visant à agir sur autrui, et l’usage du langage métaphorique.

  • Discutant : Emmanuel de Vienne (Université Paris-Nanterre / EREA-LESC)

Vendredi 22 mars 2019 : Grégory Deshoullière (post-doc London School of Economics, EHESS, LAS), « Les "je" de l'écrit : Autobiographie visionnaire, guide de vie exemplaire, et contre-histoire personnelle parmi les jivarophones d’Équateur »

Les textes publiés par des jivarophones en Équateur se partagent globalement entre textes institutionnels et personnels. Les premiers sont écrits par des enseignants qui affichent et transmettent un corpus de connaissances stabilisées représentant la « culture » au sein du régime national de « l’interculturalité ». Participant à une ethnogenèse en cours, ils expriment un souci de patrimonialisation initié dans les missions chrétiennes et officialisé au sein des institutions académiques contemporaines. Les textes personnels, eux, ne bénéficient d’aucune visibilité au sein de l’économie nationale de l’édition, en dépit de l’exploration par leurs auteurs de différentes manières de façonner leur identité collective et de transmettre une tradition, en se centrant sur la praxis individuelle plutôt que sur le dogme collectif. Ces textes – tous autobiographiques –, parlent de résistance à la péonisation, de rêves et visions extraordinaires, ou de parcours de vie exemplaires emplis de rencontres agonistiques. L’analyse de ces formes d’écriture peu étudiées permet de saisir comment les Amérindiens des Basses Terres utilisent l’écriture pour forger leur individualité ou construire leurs identités collectives, la place des institutions plus ou moins spécialisées dans lesquelles s’insèrent ces usages de l’écrit, et les conflits d’intérêts qui en découlent.

  • Discutante : Anne-Christine Taylor (CNRS / EREA-LESC)

Vendredi 12 avril 2019 : Bruce Mannheim (University of Michigan, Ann Arbor), « La méconnaissance de la diversité sociolinguistique du quechua. Leçons pour l’interprétation ethnographique » (L’intervention sera faite en espagnol.)

Dans les Andes sud-péruviennes dont il s’agira ici, la colonisation espagnole ne s’est pas traduite par une imposition de la langue castillane à la population locale, mais a entrainé la production de documents coloniaux dans les deux principales langues autochtones, quechua et aymara. Certains textes, dont la rédaction a été imposée à cette époque, continuent à faire foi, alors même que la base politico-économique qui les sous-tendait s’est profondément transformée. Ils emploient de plus une langue indexée sur l’espagnol, tant en termes sémantiques et pragmatiques que structurels. En a résulté un phénomène classique de « dédoublement de conscience » duboisien, lui-même dédoublé. Dans les communautés villageoises, les locuteurs quechua se sont perçus à travers le regard des colonisateurs, mais ils ont aussi été vus de l’extérieur à travers ce filtre culturel, social et linguistique surimposé. Encore aujourd’hui, nombre de recherches, ethnographiques et linguistiques en particulier, sont menées à partir de ce quechua hispanisé, sans prendre en compte les différences fondamentales qui le séparent de celui parlé dans les communautés. On en verra les implications sur la compréhension que l’on peut avoir de l’ontologie des locuteurs quechua ruraux.

  • Discutante : Aurore Monod Becquelin (CNRS / LESC)

Vendredi 17 mai 2019 : Cecilia Méndez Gastelumendi (Université de Californie, Santa Barbara), « Une citoyenneté ethnique est-elle possible ? Les racines coloniales de l’indigénisme juridique en Amérique latine au XXe siècle : le cas du Pérou » (L’intervention sera faite en espagnol.)

Les mouvements indigènes latino-américains des années 1980-1990, ainsi que les changements juridiques survenus dans plusieurs pays sous la bannière du « multiculturalisme », ont parfois laissé penser que s’y accomplissaient alors des promesses de citoyenneté ajournées depuis l’Indépendance. Cette vision élude pourtant la longue histoire de l’indigénisme juridique qui a culminé entre 1910 et 1940 en Amérique latine, et particulièrement au Pérou. En se concentrant sur la constitution promulguée par le président péruvien Agusto B. Leguía en 1920 – la première à reconnaître l’existence légale de « communautés indigènes » depuis l’Indépendance un siècle plus tôt – et sur la législation débattue ou adoptée des années 1910 à 1940 (y compris un projet de Code indien en 1946), on évaluera l’influence de la législation coloniale sur la législation et les politiques nationales concernant les Indiens. On verra en particulier que l’octroi de droits spécifiques aux Indiens au Pérou à partir des années 1920 présupposait en eux des humains dégradés, tout comme la législation coloniale concevait les Indiens comme misérables ou comme des mineurs nécessitant une tutelle. L’analyse insistera aussi sur la contextualisation globale des débats sur les droits des « peuples indigènes ». Tout comme à l’époque coloniale, ils s’insèrent au XXe siècle dans un contexte mondial et ne se cantonnent pas à une seule colonie ou nation.

  • Discutante : Valérie Robin (Université Paris Descartes / CANTHEL)

Vendredi 14 juin 2019 : Carlos Sautchuk (Université de Brasilia), « Entre la queue du poisson et la pression du patron : technique et personne chez les caboclos d’Amazonie »

Dans un petit village de l’estuaire de l’Amazone le terme caboclo désigne les pêcheurs. Il indique un mode d’existence passée entre l’activité de pêche et le système commercial de l’aviamento – entre le poisson et le patron. Après réexamen de quelques propositions sur les caboclos, on verra la nécessité de penser la construction de la personne à partir de la pratique. En effet, le sens même de cette notion diverge pour les deux types de pêcheurs (lacustres et marins) qui habitent ce village, avec chacun des systèmes techniques et symboliques spécifiques. Sur le lac, l’efficacité de la pêche dépend de la « pratique » du pêcheur lacustre (laguista), c’est-à-dire de l’adresse au harpon, de la profonde connaissance du comportement du poisson pirarucu (Arapaima gigas), comme d’un rapport intersubjectif  avec  certains  animaux  et  des  êtres  surnaturels.  En  mer,  c’est  en  revanche  la « disposition » du pêcheur (pescador) qui se révèle centrale pour une pénible adaptation corporelle au système de travail sur le bateau, où il est mis en rapport avec les instruments de pêche et de navigation, le moteur et le flux de la marée. Dans les deux cas, le terme caboclo est porteur d’une tension entre la pêche et l’aviamento, mais de façon différente : sur le lac, il est lié à la valeur de la prédation et en mer, du travail.

  • Discutante : Véronique Boyer (CNRS / CRBC-Mondes américains)

Aires culturelles : Amériques,

Renseignements :

Anath Ariel de Vidas

Adresse(s) électronique(s) de contact : anathari(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 13 novembre 2018.

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