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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Acteurs, institutions et interactions : ce que la guerre transforme

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e lundis du mois de 9 h à 11 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 12 novembre 2018 au 27 mai 2019. La séance du 25 février est avancée au 18 février (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris)

« Agency », « Empowerment », « arts de la ruse », « accommodation », « contournement »… la sociologie et l’histoire des mobilisations individuelles et/ou collectives font la part belle au degré d’autonomie et d’inventivité des acteurs.

De leur côté, les War Studies ont connu dans les trente dernières années un essor et un renouveau considérable, en intégrant notamment une perspective anthropologique. Au sein même de l’EHESS des historiens se sont beaucoup interrogés sur les postures sociales spécifiques du temps de guerre : des notions et catégories comme le « penser double » (Pierre Laborie) ou le « consentement » (Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker) ont ainsi émergé. Elles ont fait débat et continuent de faire débat bien au-delà des champs d’étude encore cloisonnés de la Première et Deuxième Guerre mondiale.

Notre séminaire part d’une question simple : la guerre change-t-elle quelque chose dans le rapport entre l’individu et son cadre d’expérience ? L’engagement dans la guerre et les formes de violence qui en découlent – particulièrement la possibilité de tuer ou d’être tué – entraînent-ils un bouleversement des rapports de domination, des hiérarchies sociales, des interactions et des embranchements qui s’offrent aux acteurs ? Provoquent-ils un élargissement des choix de trajectoires ou au contraire une contraction des possibles ? Enfin, peut-on établir une typologie de ces bouleversements en décloisonnant chaque expérience guerrière pour la confronter à d’autres ?

Nous partirons cette première année de nos domaines de compétence respectifs en évoquant principalement la Première et la Deuxième Guerre mondiale : comparaison des figures du « poilu » et du « résistant » que tout semble a priori opposer, comparaison des formes des mobilisations collectives et études croisées des acteurs en leur institution, en particulier l’école et l’armée.

Aires culturelles : Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulés généraux :

  • Emmanuel Saint-Fuscien- Obéissance et autorité au sein des mondes scolaires : 1890-1970
  • Direction de travaux d'étudiants :

    sur rendez-vous par courriel.

    Réception :

    sur rendez-vous par courriel.

    Niveau requis :

    Licence 3 ou équivalent.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : julien.blanc(at)ehess.fr, emmanuel.saint-fuscien(at)ehess.fr

    Compte rendu

    La guerre change-t-elle quelque chose dans les rapports que les individus entretiennent avec leurs institutions ? L’engagement dans la guerre et les formes de violence qui en découlent – particulièrement la possibilité de tuer ou d’être tué – entraînent-ils un bouleversement des rapports de domination, des hiérarchies sociales, des interactions et des embranchements qui s’offrent aux acteurs ? Provoquent-ils un élargissement des choix de trajectoires ou au contraire une contraction des possibles ? Enfin, peut-on établir une typologie de ces bouleversements en décloisonnant chaque expérience guerrière pour la confronter à d’autres ? Voici quelques-unes des questions explorées dans notre séminaire.

    Après avoir fixé les cadres de la recherche dans la séance introductive nous avons consacré la seconde séance à un retour sur l’historiographie de la Première Guerre mondiale de 1977 à 2017 (90 ouvrages ou articles) au regard de la question et de la proposition du consentement des acteurs. La troisième séance fut consacrée aux mutations des normes de l’engagement au cours de l’occupation allemande en France lors de La Seconde Guerre mondiale. Un changement d’échelle fut proposé dans la séance du 14 janvier : une micro-histoire de l’agencement au temps de la Grande Guerre à travers le cas du couvreur Louis Marie (1912-1925) a permis d’analyser les multiples formes de mutation des institutions (hôpital, justice, armée) et – en parallèle – des modalités de résistance, d’accommodement ou de refus qui s’y déploient. La séance suivante fut consacrée aux lectures sociologiques du phénomène guerrier (Cyril Lemieux, LIER-FYT) et à une tentative d’élaboration d’une grammaire des règles de vie en temps de guerre. Poursuivant l’impératif du changement d’échelle imposé cette année, la séance du 28 janvier fut de nouveau consacrée à une micro-histoire de l’agencement en temps de guerre au regard du cas de la journaliste Madeleine Gex-le-Verrier entre 1939 et 1945. C’est une lecture collective et croisée (deux textes courts de Bernard Lahire et de Pierre Laborie) autour des contextes d’action qui fut l’objet de notre septième séance. Deux étudiants de master 2 ont ensuite présenté leurs recherches en cours : Ugo Pagani (« L’écriture fasciste de la Grande Guerre ») et Akhésa Moummi (« De la centralité de la guerre civile dans la transformation du rapport aux institutions scolaires au Liban »). C’est également à la transformation de l’institution scolaire en temps de guerre que fut employée la 9e séance à travers des exemples dans l’Europe belligérante de la Grande Guerre (France, Allemagne, Grande Bretagne). La séance 10 fut dédiée à l’œuvre du britannique Harry Roderick Kedward, l’un des premiers historiens de l’action en guerre à avoir mobilisé les Subaltern studies et l’anthropologie. Au cours de l’avant dernière séance deux autres travaux d’étudiants furent exposés : « Athanase Seromba et la paroisse de Nyange dans le génocide des Tutsi » (Thimothée Brunet-Lefevre) et « l’imaginaire de la légion étrangère à travers ses chants » (Arnaud Trimouille). Enfin, la dernière séance de l’année s’est intéressée à l’indétermination des comportements en temps de guerre à travers l’analyse du célèbre film de Louis Malle, Lacombe Lucien (1974).

    Publications

    • « La force de tenir : frères d’armes, sociabilités combattantes et groupes primaires », dans Une histoire de la Guerre du XIXe siècle à nos jours, sous la dir. de B. Cabanes, Paris, Seuil, 2018, p. 380-396.
    • « École et guerre : le cas Freinet », Questions de classe (s), mis en ligne le 8 février 2018, https://www.questionsdeclasses.org/?Ecole-et-guerre-le-cas-Freinet-
    • Emmanuel-Saint-Fuscien
    • « Agency, Institution and War : School in France 1913-1923 », dans le dossier Mariane In War and Peace 1913-1923. The French Republic in the era of the Great War, French History, Oxford, vol. 35, 2019.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 7 décembre 2018.

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